Regards croisés sur l’Océan

L’amour commun de l’apnéiste Fred Buyle et du Skipper Jonas Gerckens

Ils la côtoient tous les jours, la mer c’est leur bureau.

Depuis qu’il a arrêté la compétition en apnée au niveau mondial, Fred Buyle utilise ses techniques d’apnée pour capturer la beauté de l’or bleu et de ses habitants. Avec son appareil photo, l’apnéiste passe sans doute plus de temps sous l’eau qu’à terre.

Le skipper Jonas Gerckens fréquente aussi la mer au quotidien pour s’y entrainer en vue des compétitions de course au large au niveau mondial.

C’est aux Açores que les deux sportifs Belges ont décidé de se faire découvrir l’un à l’autre leur version de l’Océan.

Tout à commencer à bord du Class40 avec lequel Jonas a battu le record Belge de la Route du Rhum en 2018. Le skipper a invité Fred à naviguer autour du volcan Pico. Fred connait les voiliers mais pas ce type-là qui est bien loin des modèles de croisière « Chaque bateau est différent. Au début c’est stressant car tu ne sais pas jusqu’où cela peut aller, ni les mouvements de ce bateau. Le Class40 est très réactif par rapport à un bateau de croisière. Il faut bien penser chacun de tes gestes »

Et quand Jonas propose à Fred de sortir le Spinnaker (grande voile avant) Fred s’exécute même si ce n’est vraiment pas sa voile préférée « Moi j’utilise les voiliers pour aller d’un point A à un point B en expédition donc typiquement on évite le Spi, c’est une voile qui est une vraie recette pour des désastres »

Copyright François de Ribaucourt

Et Jonas de compléter : « C’est sûr que c’est une voile technique même pour moi, il faut toujours faire attention surtout sur un bateau come celui-ci qui fait 12 mètres. La moindre erreur se paie cash, mais cette voile est indispensable pour aller vite ».

Après avoir vécu cette journée sur le voilier de Jonas, Fred est convaincu que même si leurs métiers sont très différents, leur manière d’aborder la mer est semblable : 

« Je pense que nous avons un rapport à la mer similaire, c’est notre bureau mais aussi notre terrain de jeu. On sait jusqu’où on peut aller car on sait que c’est un milieu naturel avec des contraintes que l’on ne gère pas du tout donc il faut toujours avoir une marge de sécurité même si notre boulot c’est d’aller au maximum de ce que l’on peut faire… ».

Jonas adore la compétition sur son voilier mais c’est avant tout l’amour de la mer qui l’incite à prendre régulièrement le large « On peut avoir des moments de symbioses intenses avec l’Océan et d’autres moments mauvais où il faut faire le dos rond et subir sa loi. C’est ça tout le jeu. Il faut rester humble par rapport à la mer, tout en osant jouer avec elle quand les conditions le permettent ».

Le lendemain, c’est au tour de Fred d’emmener Jonas mais cette fois sous l’eau. Ce jour-là, les conditions sont idéales pour aller à la rencontre des requins bleus des Açores en plein milieu du grand Bleu.

Bien que très excité par cette idée, Jonas ne peut s’empêcher de penser au film « Les dents de la mer », une référence que Fred a l’habitude d’entendre depuis qu’il nage avec les requins. « Ce film a traumatisé toute une génération mais a surtout donné une image fausse des requins. C’est tout le contraire, les requins sont très doux et très calmes. Les requins bleus ici mesurent entre 1m50 et 2m50.  En fait, il faut agir avec eux comme avec un chien. Un chien s’il te grogne dessus et que tu recules alors tu as plus de chance qu’il continue. Avec un animal marin, c’est le même principe. Il faut garder ton terrain. S’il vient vers toi, reste à ta place et il va tourner. Ils sont curieux et méfiants. »

Copyright François de Ribaucourt

Et c’est loin des côtes que Jonas s’est retrouvé face à 5 requins bleus qui ont tournoyé autour de lui durant une petite heure.

« J’ai l’habitude d’être sur tous les océans du globe mais jamais de voir ce qu’il y a en dessous. J’ai hâte même si cela fait un peu peur ».

Passés les premières minutes dans l’eau où Jonas est méfiant face à ces inconnus qui s’approchent de lui, très vite la magie opère « Je suis subjugué de les voir juste à côtés de moi. Tout doucement, passé l’appréhension mutuelle, une forme de Zentitude s’est installée. On s’est tourné les uns autour des autres, ils s’approchent de plus en plus… parfois ils te frôlent. Leur mouvement est aérien dans l’eau, c’est fluide, c’est très beau ! Magnifique expérience. Merci Fred ! »

Aujourd’hui, Fred ressent le besoin de rendre à la mer ce qu’elle lui a donné auparavant lorsqu’il était champion d’apnée. J’essaye de faire de plus en plus de sensibilisation car « la mer c’est la vie. Si on perd l’Océan, on perd la bataille ».

https://www.facebook.com/sailingjonas/videos/454765482135680/

Cette rencontre est à découvrir dans le documentaire « Au cœur des vagues » projeté en avant-première au Festival Into the Blue 2020.